Face au Covid-19, le rôle du comité d'éthique des établissements de santé

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Depuis le début de la crise sanitaire, pour accompagner au mieux les soignants, mais aussi les patients et leurs familles, certains établissements ont formé des « cellules éthiques ».

Face au Covid-19, le rôle du comité d'éthique des établissements de santé

Depuis le début de la crise sanitaire, hôpitaux et cliniques font face à des situations souvent difficiles. Pour accompagner au mieux les soignants, mais aussi les patients et leurs familles, certains établissements ont formé des « cellules éthiques ». Ces groupes de réflexion et de soutien travaillent sur les questions soulevées par le Covid-19, comme à la Clinique de la Sauvegarde de Lyon (Auvergne-Rhône-Alpes).

Accueillir et prendre en charge les patients Covid et non-Covid dans le respect de l’humain… C’est tout l’enjeu de la réflexion de la cellule éthique. Une structure qui réfléchit aux modalités d’accueil des patients, mais également à la manière d’appréhender la fin de vie, le rapport à la famille et de préserver les soignants en cette période particulière.

 

Porter un regard éthique sur chaque situation

« Notre premier rôle a été d’amener une réflexion globale sur la prise en charge au sein de la clinique », explique Sophie Kropacz, psychologue-clinicienne et membre de la cellule éthique aux côtés du Dr Jean-Pierre Baechle (médecin réanimateur) et Johanne Beuvelot (attachée de recherche clinique).

Il a donc fallu repenser la prise en charge des patients en cas d'afflux massif. « On est parti du principe que les lits de réanimation étaient devenus rares et précieux. Il fallait donc aider les médecins à les attribuer de la manière la plus juste possible ». Une fiche d’aide à la décision pour l’accueil des patients covid et non-covid a donc été produite à destination des médecins urgentistes et réanimateurs. Elle détaille plusieurs critères permettant d’orienter les demandes afin d’utiliser les ressources de l’établissement de manière optimale : volonté du patient, caractère de gravité, autonomie, pathologies et traitements associés, etc.

En cette période inhabituelle, chaque prise en charge donne lieu à une concertation collégiale. « Les médecins ont l’habitude de devoir prendre des décisions critiques. Mais avec le Covid, il faut s’assurer que tous les patients, contaminés ou non, soient sur un pied d’égalité. Le fait de se concerter avant de prendre une décision permet aussi de rassurer les médecins et soignants : aucune décision ne doit être de la responsabilité d’un seul individu ».  

 

Entourer les patients et leurs familles

Dans cet établissement, toute visite est interdite dans le secteur Covid même si depuis quelques jours, les familles des patients en fin de vie peuvent se rendre à leur chevet. « Nous avons réfléchi à la meilleure manière de maintenir le lien avec les familles pour tous nos patients. Nous demandons aux proches des personnes admises aux urgences de fournir des photos pour personnaliser la chambre, ainsi qu’un téléphone portable pour une communication autonome. » En parallèle, l’équipe soignante se charge d’organiser des appels vidéo sur tablette.

La cellule éthique a aussi eu un rôle à jouer sur la question de la fin de vie des patients. « Lorsqu’une personne décède du Covid, les consignes interdisent à la famille de se recueillir auprès de son proche décédé, dont le corps est directement mis en bière. Nous avons donc décidé de prendre une photo du défunt et de la proposer aux familles. Elles acceptent de la recevoir dans 80 % des cas ». Après le décès, les membres de la cellule éthique restent en contact avec les proches : ils prennent des nouvelles et proposent les coordonnées d’associations d’aide aux endeuillés. Une écoute et une bienveillance bienvenues pour soulager les familles. 

 

Soutenir les équipes

Le sort des médecins, soignants, personnel administratif et paramédical ont également fait l’objet d’une réflexion poussée de la part de la cellule. Une bande-dessinée, écrite par Sophie Kropacz et illustrée par Mathieu Labbe a été mise à disposition des collaborateurs pour les aider à aborder la question du coronavirus en famille.

« Nous avons également mis au point des permanences téléphoniques de soutien psychologique et des ateliers dédiés au bien-être des équipes ». Sophrologues, psychologues et hypnothérapeutes bénévoles se tiennent à disposition du personnel pour les aider à traverser cette période plus sereinement.

Sur le terrain, médecins, cadres des différents services, membres de la direction et du personnel administratif sont également très présents pour accompagner les soignants. « Ce travail de proximité est fondamental. Il permet de désamorcer les situations difficiles, de communiquer sur les angoisses ressenties par les équipes et de veiller à la sécurité de tous ».

Des initiatives pour remettre l’humain au centre des préoccupations, en cette période trouble.

 

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