La musique à la Clinique du Bois d’Amour (93) pour traiter les troubles cognitifs, de l’humeur et du comportement

Article le

Depuis trois ans, la clinique du Bois d’Amour a ouvert une unité Cognitivo-Comportementale (UCC), qui accueille des patients présentant une maladie d’Alzheimer ou apparentée, ou qui sont en état de crise comportementale (agitation, agressivité, anxiété majeure, apathie…). Cette unité propose des accompagnements spécifiques appelés “thérapies non médicamenteuses” pour atténuer les troubles du comportement. Parmi elles, un atelier musique a vu le jour, co-animé avec un artiste numérique, Gilles Marivier. Au vu des bénéfices constatés auprès de cette population, l’atelier a été élargi dans les autres services de gériatrie avec un nouvel intervenant, Thomas Dechaud.

La musique à la Clinique du Bois d’Amour (93) pour traiter les troubles cognitifs, de l’humeur et du comportement

© Weydo Music

Sonia Amazit, psychologue clinicienne et Eva Bedu, neuropsychologue, nous expliquent les bienfaits de cette approche.

Ramsay Santé: Comment vous est venue l’idée de cet atelier?

Sonia Amazit & Eva Bedu: C’est Gilles Marivier, artiste numérique et concepteur d’outils innovants * qui, travaillant à la Clinique du Bourget en co-animation avec des professionnels de santé, s’est proposé de mettre à profit ces outils au sein de notre établissement. Après une présentation, les ateliers musiques ont commencé dans un premier temps en UCC, puis depuis Mars 2019 dans les autres services de gériatrie.

* Ce matériel, désormais développé et commercialisé par la société Weydo Music de Marseille (lauréate du programme Prevent2Care de la fondation Ramsay Générale de Santé), se présente sous différentes formes.

RS : Peut-on réellement soigner grâce à la musique?

Sonia Amazit & Eva Bedu: Nous connaissons aujourd’hui, grâce aux études scientifiques, les bienfaits de la musique sur les troubles de l’humeur et de la cognition. La musique constitue une médiation qui permet d’apporter du confort et du bien-être.

RS: Comment sont organisés ces nouveaux ateliers?

S.A. & E.B.: Les ateliers, d’une durée d’une heure, sont organisés à raison d’un après-midi tous les quinze jours en salle de bibliothèque. Les patients qui acceptent cette médiation ont été reçus en entretien préliminaire afin de présenter le format et leurs objectifs et de recueillir leurs goûts musicaux. Les ateliers sont co-animés avec Thomas Dechaud qui prend en charge le fonctionnement du matériel proposé, présenté en début d’atelier à chaque patient. Les matériaux musicaux sont facilement manipulables (pression, tactile, capture de lumière, bague musicale…). Cela leur permet d’être à l’aise pour produire des créations sonores. Le musicien peut adapter les sonorités en fonction des goûts du patient et faire varier leur intensité. Tous les sons produits sont des notes harmonieuses, qui soutiennent l’estime de soi. Et il est possible d’enregistrer les compositions musicales réalisées lors des ateliers avec l’accord du patient.

RS: Concrètement, comment se matérialise cette interaction?

S.A. & E.B.: Nous accueillons le patient à l’atelier avec un fond musical (le bruit de la mer, chant des oiseaux, les bruits de la forêt…) pour l’envelopper dans une bulle sonore facilitant ainsi l'interaction avec les thérapeutes et les outils proposés. Nous, thérapeutes, sommes attentives aux interactions du patient avec le matériel, et en fonction de celles-ci nous intervenons. Lorsque le patient est en difficulté (gêne, appréhension, peur, timidité…), nous lui apportons un soutien dans sa créativité. Ce soutien passe à la fois par le verbal et par des stimulations sonores de notre part. L’artiste numérique participe aussi à cette stimulation sonore et cela crée au fur et à une mesure une complicité. Nous veillons à respecter l’espace de créativité du patient, sauf s’il nous invite à participer avec lui.

RGDS: A qui s’adressent ces ateliers?

S.A. & E.B.: Nous avons mis en place à ce jour deux ateliers pour deux populations différentes.

L’atelier 1, animé par la psychologue clinicienne (Sonia Amazit), s’adresse à des patients présentant de l’anxiété (plaintes, insomnie, logorrhée…) ; des affects dépressifs (perte d’appétit, clinophilie, repli sur soi, isolement social…) et un refus de soin.

Ensuite, l’atelier 2, animé par la neuropsychologue (Eva bedu), s’adresse à des patients présentant des troubles cognitifs (désorientation temporo-spatiale ; troubles mnésiques…) ; des troubles du comportement (agitation, agressivité, refus de soin…) et enfin peu d’activités stimulantes (isolement social, apathie…).

RGDS: Quels résultats sont attendus?

S.A. & E.B.: Les objectifs thérapeutiques sont multiples : apporter un apaisement, renforcer l’estime et la confiance en soi, stimuler la curiosité et la recherche de sons variés. Cela permet également de tisser un lien social, de solliciter la sphère sensorielle, du jeu et de la découverte avec la musique tout en sollicitant la créativité et l’interaction avec l’autre.

RGDS: Quel bilan tirez-vous pour l’instant?

S.A. & E.B.: Nos premières observations cliniques montrent un effet positif et encourageant. En effet, il y a un réel investissement des patients au cours des ateliers. Ils prennent plaisir à découvrir et interagir. Ils nomment spontanément la détente, le sentiment d’apaisement et l’envie de revenir à l’atelier. Ces ateliers sont également source de réminiscence (partage des souvenirs heureux et anecdotes de vie personnelle) et favorisent l’expression verbale. Ils offrent aux patients une bulle d’air dans le but de recharger l’élan vital afin de mieux vivre le temps d’hospitalisation.

 

Article précédent

Ramsay Santé lance le premier projet national "Article 51" incluant des patients

L’Espace Médical Nutrition et Obésité de la maison médicale de Valmy à Dijon, fondé par le Dr Cyril Gauthier, médecin nutritionniste au sein du groupe Ramsay...

Article suivant

À l’Hôpital privé de l’Estuaire, accompagner les personnes obèses de A à Z, c’est possible !

L’obésité est caractérisée par un excès de masse grasse entraînant des conséquences néfastes pour la santé. Cette maladie chronique touche 14,5% de la...