La réalité virtuelle pour vaincre ses phobies

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Une étude sur l’utilisation de la Thérapie par la Réalité Virtuelle (TRV) auprès des patients atteints de phobie sociale est conduite à la Clinique de l’Escrebieux.

La réalité virtuelle pour vaincre ses phobies

© Hammer & Tusk - Unsplash

Bel exemple de collaboration entre start up numériques et recherche médicale, une étude sur l’utilisation de la Thérapie par la Réalité Virtuelle (TRV) auprès des patients atteints de phobie sociale est conduite à la Clinique de l’Escrebieux. Aurore Leclaire, psychologue, et Dr Alioune Fall, psychiatre-addictologue, tous deux à l’origine de l’étude, détaillent les principes et avantages de la TRV et l’hypothèse de leur recherche.

Pouvez-vous rappeler le principe du traitement de la phobie ?

Aurore Leclaire : Le traitement des phobies consiste à exposer de manière progressive  le patient à ses situations phobogènes afin de lui désapprendre la réponse de peur. Jusqu’à il y a quelques années, deux techniques avaient cours: l’exposition par imagination où le patient devait imaginer les situations qui lui étaient problématiques. Et l’exposition in vivo où le patient accompagné ou non du thérapeute affronte les environnements anxiogènes réels. Ces deux techniques étaient efficaces mais présentaient des inconvénients : pour la première, nous étions confrontés aux conduites d’évitement de certains patients ou à leur difficulté à accéder à l’imagination. Quant à la 2e, elle était très chronophage et pouvait s’avérer très coûteuse ! Imaginez devoir traiter une phobie de l’avion !

Quels sont les principes de la TRV  et pourquoi avoir choisi cette technique ?

Aurore Leclaire : La technique d’exposition in virtuo permet d’exposer le patient à de nombreux environnements sans avoir à se déplacer ou à compter sur son pouvoir imaginaire. Le patient est équipé de lunettes qui sont de mini écrans d’ordinateur qui projettent des images en 3D, plongeant le patient dans des scénarios dont tous les paramètres sont choisis, évolutifs et sous contrôle du thérapeute. Exemple : une personne agoraphobe est immergée dans un scénario spécifique et nous définissons à la fois le nombre et le comportement des avatars présents dans la foule. Cette souplesse permet de multiplier les scénarios, et de les rendre plus ou moins anxiogènes selon une progressivité très précise car constamment adaptée aux feedbacks du patient, dans le cadre d’une interaction en temps réel avec le thérapeute. L’autre avantage est budgétaire : une fois les logiciels achetés, il n’y a plus aucun frais.

Dr Alioune Fall : Cette technique nous est apparue très innovante et il y a, à ce jour, très peu d’établissements impliqués dans cette démarche thérapeutique. Nous avons souhaité exploiter ses avantages et contribuer au développement de cette thérapie. Nous sommes tous deux des chercheurs que le travail intellectuel stimule !

Quelle est l’hypothèse de votre recherche ?

Aurore Leclaire : La Thérapie par Réalité Virtuelle (TRV) s’applique à tous les troubles anxieux mais nous avons choisi de faire un focus sur la phobie sociale. Notre hypothèse est que les patients s’engagent plus volontiers dans une thérapie in virtuo, en d’autres termes que leur appréhension vis-à-vis des exercices d’immersion virtuelle serait moindre que face aux autres types d’exposition décrits. La TRV serait ainsi un facilitateur.

Quels outils de réalité virtuelle utilisez-vous ?

Dr Alioune Fall : Au démarrage, il n’y avait aucun outil sur le marché français. Nous avons donc contacté un éminent professeur de psychologie canadien (Dr Stéphane BOUCHARD) dont le laboratoire de recherche avait conçu un premier logiciel. Il est venu ici nous former et depuis, nous fait bénéficier de toutes ses évolutions. À travers congrès et forums, nous avons par ailleurs rencontré des start-up numériques françaises intéressées par notre recherche, dont la société Virtualis qui a développé pour nous de nouveaux logiciels. Cette collaboration avec de purs informaticiens est vraiment très enrichissante.

Êtes-vous en mesure de confirmer votre hypothèse ?

Dr Alioune Fall : C’est beaucoup trop tôt car l’étude a démarré en septembre 2017, avec une première phase de mise en place de 6 mois. Nous sommes partis sur 2 ans de travail avec l’objectif d’inclure 60 patients avant de tirer des conclusions. Ce travail initial débouchera sur d’autres hypothèses à valider. C’est une recherche attrayante et prometteuse, et toutes les bonnes volontés sont les bienvenues !

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